
On était proches à se toucher, mais maintenant je n'ai plus ma main dans la tienne.
J'ai peut-être été dupe.
J'ai peut-être été folle.
Désormais il est temps de laisser la place à la raison.
J'aurais pu être là, guidée par tes pas, au détour d'une rue, au milieu d'une avenue.
J'aurais pu rester désinvolte et je pourrais certainement faire comme ci ou bien comme ça.
Mais je n'y crois pas.
Il se pourrait bien qu'un jour tout recommence. Mais c'est ailleurs et sans moi.
Je reste parfois sans voix, et tu sais bien que si j'aime ça c'est pour le décorum.
J'ai perdu le sens de l'humour celui que tu aimais tant.
Et si je n'aime plus voir le jour, c'est que mes nuits ne sont pas belles.
Et si je reviens encore c'est parce que je pensais que l'on savait ce que l'on voulait.
Mais je n'ai plus la force de faire semblant.
Mais je n'ai plus la force de croire en rien.
Il aurait fallu que tu me prennes la main quand j'en avais besoin.
Il aurait fallu que tu me prennes la main et que tu la serre fort.
Il aurait fallu essayer
Pour se faire entendre, il aurait fallu employer quel moyen de communication ?
Pour se faire comprendre, il aurait fallu l'absence ?
Sais-tu le silence du téléphone qui ne sonne pas ?
Sais-tu les rendez-vous manqués ?
Sais-tu les anniversaires ?
Je n'ai pas pris le forfait de la remontée mécanique. Un jour, et tu le sais bien, les poulies se cassent.
Puisque tu attends, depuis longtemps maintenant, le jour où mon téléphone ne sonnera plus, tu ne seras pas surprise.
Je sais que ça ne changera rien, que ta vie reprendra là où elle s'était escamotée.
Puisque tu fais l'impasse, à ce jeu de l'impair et passe, c'est moi qui passe mon tour.
C'est beaucoup mieux comme ça. Le devoir accompli, la coupe est pleine et je ne laisserai rien déborder.
Annonce la bonne nouvelle.
J'habite une ville sale et puante.
J'habite une ville grise et insomniaque.
J'habite une ville insecticide.
J'habite une ville qui ressemble à un énorme bordel.
J'habite un quartier qui grouille de japonais au sourire Nikon.
J'habite un quartier qui ressemble à un plateau de cinéma.
J'habite un quartier qui fait le grand écart.
J'habite sur une butte que je monte et je descends pour mieux me perdre.
J'habite une butte qui sera sauvée des eaux.
J'habite une butte qui s'illumine la nuit.
J'habite un immeuble maladroit et bancal.
J'habite le monde et le monde m'habite.
Mais c'est moi qui, parfois me déshabite pour n'avoir aucun compte à lui rendre.