
J'ai un lien à briser, un père à tuer et une vie à sauver.
J'ai des mots à envoyer, des bijoux et des crochets.
Y'a quelque chose de bizarre ici, une impression de verre à moitié plein.
Il y a des plans maladroits et des gestes qui se perdent.
Mais comment fait-on pour ne pas se noyer ?
J'ai une laisse invisible autour du cou et des menottes aux poignets.
Je suis attachée pour ne pas déserter. Elle me hisse aux anneaux de ses envies.
Et je ne dis rien.
Ne jamais rien dire.
Parce que mes mots perforent l'âme et le coeur.
Parce que mes mots s'emballent et font mal.
Parce que mes mots ont ce quelque chose de définitif.
Et je crache au visage de la honte, et je crache mes mots.
Mes mots sont ta douleur et mon plaisir.
Je combats ma tendresse pour ne rien montrer.
Je démontre et je démonte ce pour quoi je suis faite.
Déjà je ne suis plus dans la ville.
Déjà je suis partie loin et personne ne peut m'appeler.
On ne me siffle pas.
On me claque, on me lacère, on me taillade.
J'ai les traces de ton combat de chair sur le corps.
Des cicatrices internes et des plaies ouvertes.
Elles ne se referment pas.
La peau se déchire et laisse entrevoir la profondeur de ma misère.
Alors je me demande pourquoi tu m'aimes.
Tu dis qu'on est bien toi et moi, qu'on est toujours bien.
Mais je me demande pourquoi tu m'aimes...
Dans ce combat de chair, je n'ai pas tiré le bon numéro.
Je porte les plaies et je suis ton fardeau.
Ce n'est pas une ode à la joie, il n'y a pas d'Ave Maria.
Dans ce combat de chair entends-tu les accords de la symphonie que l'on se joue ?
Et si mes mots se crachent c'est que le crash n'est pas loin.
A force d'entendre, on en devient sourde.
A force de voir, on en perd la raison.
Et si je compte les poings sur mon visage, ce n'est pas un coup de plus qui me fera tomber.