Des perches

Rentrer dans le rang

 

Des perches

Rentrer dans le rang

Mieux que personne

Timide intimité

Quelqu'un qui me ressemble

Et si je m'en vais avant toi

Les mains qui se cherchent

Plus mal, plus rien

Je me suis tellement manquée

C'est un soir

Je cours

Des bouts de vie

Y'a plus qu'à vivre ça

Jours étranges

Les pluies chaudes de l'été

Ce que j'écris ce n'est pas ce que tu crois

Je sais

Un petit bout d'humanité

Zéro pointé vers l'infini

Toujours être ailleurs

 

Mieux que personne
Je la connais mieux que personne. Elle, ses manières, sa façon de marcher.
Je pourrais la reconnaître rien qu'à sa façon de marcher avec ses grosses chaussures qui ne plaisent qu'à elle. Tu sais celles qui lui font des grands pieds et qu'elle met avec son pantalon beaucoup trop large.
Aussi cette peur au ventre qu'elle a pratiquement tout le temps. C'est comme une boule d'angoisse, là.
Ca vient sûrement de très loin, de son enfance.
Je veux dire, de toute façon, de trop loin pour qu'elle puisse s'en passer.
Je me souviens de l'avoir vu partir de chez elle très tôt - trop tôt.
Je pense qu'elle ne voulait pas finir comme la plupart des filles de son quartier, qui, arrivées à 30 ans sont déjà grosses de trois marmots, à 40 commencent à s'apercevoir qu'il est déjà trop tard, à 50 brassent les souvenirs pour évacuer. Et à 60 ans il n'y a déjà plus personne.
Je la connais mieux que personne.
Elle et ses jugements définitifs sur les gens.
Elle et son orgueil démesuré quand elle ne veut pas descendre la rue pour faire la paix.
Elle, et sa fâcheuse tendance à passer à côté des petits bonheurs simples au profit des petits malheurs permanents.
Elle et sa culpabilité chrétienne à deux balles.
Elle et cette tristesse qui certains jours se voit sur elle comme un vêtement qui l'habille mal.
Son médecin l'avait prévenu :  «  Votre problème fondamental, c'est le manque de maturité émotionnelle. Vous voulez que la vie ressemble à un film de cinéma, plein de mouvements et de plaisirs. C est ainsi que fonctionne un cerveau d'enfant, les adultes, eux, acceptent la régularité, les pensums, la frustration. »
L'amitié parasite le jugement.
Mais laisse-moi te dire que l'inverse est vrai aussi.
D'ailleurs, je vois bien que depuis quelque temps, avec elle, on se voit moins qu'avant.
Et c'est pas mal non plus, histoire de souffler un peu.
Pourtant, je sais que malgré tout, jamais je n'oublierai mes manières, ma façon de marcher, ma peur au ventre, mes jugements définitifs, mon orgueil, ma culpabilité chrétienne.
Car je me connais mieux que personne.
Mieux que personne.
Mieux que personne.

Mieux que personne