
Je me suis tellement manquée et je me suis tellement maudite.
Quand j’ai cru regardé, l’amour et le désir au fond de leurs yeux. Mais je me suis vue sombrer dans l’air sans me retenir à leur crinière.
Je me suis tellement trompée et je me suis tellement détruite.
Au détour des rencontres et des désirs de fuites, c’est bien moi que je fuyais. Et je me suis presque crue morte à vouloir pleurer sur ton épaule.
Je me suis tellement menti et je me suis tellement rêvée.
Que j’ai cru à chaque fois leurs mensonges et leurs projets. Et je rentre en résistance pour m’accorder une dernière danse.
Je me suis tellement blessée et je me suis tellement fait mal.
Mais je n’ai plus aucun regret puisque j’ai toujours cru bien faire. Même si je n’ai rien vu venir, pour le moment, moi j’en suis fière.
Je me suis tellement trahie et je me suis tellement sabotée.
Et les mines sur lesquelles j’ai sauté laissent des traces de mon passé aux intersections de leur petite vie. Et si j’essayais la légèreté ?
Je me suis tellement crevée et je me suis tellement saignée.
J’ai plongé tête baissée et les mains en avant dans les épines de leur miroir. Et si, aujourd’hui, j’instaure l’état d’urgence c’est pour mieux me re-vautrer.
Je me suis tellement manquée et j’ai tellement trouvé cela normal…
Et un soir tu prends ton stylo et tu écris.
T’écris parce qu’il n’y a pas grand-chose d’autre à faire.
Tu te retrouves seule dans une chambre que tu n’aimes plus.
T’as mal et tu te dis que ce n’est pas normal.
Mais tu ne veux pas pleurer.
Tu as envie de panser tes plaies, mais ces plaies-là, ça ne cicatrisent pas.
Toi, tu ne veux pas rester toute ta vie avec ces blessures à l’âme.
Alors tu fermes les yeux et tu cherches un sens à tout ça.
Mais ta vie, elle s’en fout de ta souffrance.
Ta vie elle te dit que la souffrance est ailleurs.
Mais tu t’en fous.
Tu te fous de savoir qu’ailleurs c’est pire.
Tu te fous de la terre entière.
Ailleurs ? Ailleurs c’est forcément plus beau qu’ici. Parce qu’ailleurs tout ça n’existe pas.
Tu sais que partout où tu iras, elle te suivra ta souffrance.
Comme un boulet accroché à ton pied, comme un fantôme.
Elle ne sort pas de ton esprit, elle est partout et tu te cognes la tête contre le mur du silence.
Contre le mur de l’absence.