
Boire avec l’une en pensant à l’autre… Drôle de commencement d’année. Est-ce que mon insatisfaction permanente me joue des tours ? Ne serait-ce pas plutôt que la fille en face de moi n’est pas à sa place. Je ne l’écoute même plus se plaindre. Oui c’est ça… Je m’en fous…
Il faudra pourtant attendre encore un peu pour déchirer son cœur l’espace de deux ou trois petites secondes.
Je ne sais pas choisir, je ne sais pas rester. Je ne peux que partir sans me retourner avec quelques allers-retours dénués de tout intérêt. J’ai envie de fuir. De l’autre côté du fleuve, me promener les mains dans les poches, les poings serrés et le visage fier. A force de reculer, on finit par faire souffrir.
Je suis allée voir l’océan. Je suis retournée chez moi. J’ai mis la tête dans le sable et fait semblant de ne plus respirer. J’ai pris des photos de la mer déchaînée et de la montagne enneigée. Il fait froid, je remonte mon blouson. Ma décision est prise. Demain je fais le vide.
J’ai jeté les filles de mon quartier, j’ai jeté mon quartier, j’ai jeté ma misère aussi. Je me sens si légère. Je me prends à faire des projets. Suis-je malade ?
You’re beautiful. Elle me le dit souvent. Je ne la crois pas toujours. Parfois j’imagine que c’est vrai. Que le monde m’appartient, que j’en fais ce que je veux.
Elle me dit qu’elle sera toujours là pour moi. J’aime à le croire.
J’ai fait mon choix depuis des mois déjà. C’est elle que j’ai choisi. En apparence nos différences marquent une certaine distance. En apparence. Je me sens libre pourtant. Libre de rêver, de ne rien faire, libre d’être moi. Rien que moi.
Que c’est reposant !
J’achète des jouets étranges de ceux qu’on n’offre pas aux enfants. J’en achète encore et encore. Aucune manie de collectionneuse. Juste la recherche d’un certain plaisir. Extrême ? Non. Ludique ? Oui.
Je ne les partage qu’avec elle. Et avec elle j’ose tout.
Je m’imagine la prenant contre un mur. Son dos et ses fesses offerts à mes yeux gourmands. Je la maîtrise dans ces moments-la. Mais je sais que dès demain, elle se vengera avec délice pour m’emmener vers des contrées lointaines et parfois effrayantes.
Nous vivons nues et cachées. Le soleil réchauffe nos corps. Là, allongées sur le lit. Le soleil qui entre par la fenêtre. Sa peau ruisselle contre la mienne. Elle prend ma main et me glisse sous l’eau glacée. Ma peau se raidit, mes doigts se crispent, ma chair exulte. Je sens sa langue le long de mon corps.
J’en veux en corps. Dis ? Tu veux vivre avec moi ?
Parfois elle met des chaussettes sous la couette quand elle a trop froid. Et je l’aime aussi comme ça.
Parfois elle s’endort au cinéma. J’entends alors son souffle près de moi. Et je l’aime aussi pour ça.
Parfois elle boude parce que j’ai regardé un dixième de seconde une fille qui traversait la rue. Et je l’aime aussi comme ça.
Parfois elle écoute de la musique d’un autre temps alors qu’elle n’est pas encore tout à fait adulte. Et je l’aime aussi pour ça.
Elle me regarde souvent avec des idées derrières la tête. Je ne la suis pas toujours. Elle ne m’en veut pas. Et j’aime aussi pour ça.