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Sid'aventure

 

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1999

Introduction à l'univers parallèle du tropique imaginaire (1999)

Janvier


1er janvier
Il est minuit, il n'y a rien à faire, alors on fait l'amour. Le premier orgasme de l'année… Peut-être le dernier. Allez savoir. Rien de spécial, juste nos deux corps qui se battent contre le froid. Elle me réchauffe un peu. Moi je n'y arrive pas. Ne jamais manger lourd avant d'aller faire l'amour.
Voilà ma seule résolution pour cette année.


6 janvier
Début de semaine, déjà claquée. Il fait froid et la couette réchauffe nos corps. Je réchauffe son pied. Je suis sa bouillotte. Idée subite de descendre au bout du lit et de lui lécher le pied. Comme ça pour rien. Evidemment, ça ne lui plait pas. Ma salive est trop froide.
Ne jamais lécher le pied de sa moitié de lit en hiver.


20 janvier

Date anniversaire mais je ne le sais pas encore. Alors jour de pluie à rester au lit. Rien à faire si ce n'est jouer avec nos langues. Elle est là, moi aussi. Près, lointaine je ne sais plus très bien.
Jour de pluie jour d'ennuis...


26 janvier

Les semaines passent, j'ai mal aux dents. Peut-être que je ne sais pas ce que veut dire SOUFFRIR. Peut-être que je le sais trop. Je ne peux pas savoir tant qu'elle est là. Et même si elle s'en va. On revient de tout, pourquoi pas de CA. J'ai envie de lui susurrer des mots bizarres à l'oreille. Mais je n'ose pas. C'est ma journée aujourd'hui, pas la sienne.
Penser à être égoïste de temps à autre. Question de survie.

Février


01 février

On fait des crêpes ! je me prends la poêle sur le bout du nez. Je saigne et j'ai mal. Impossible de l'embrasser aujourd'hui.
La chandeleur jour de pleurs.


11 février

J'ai rencontré l'amour sur mon magnétoscope. Elle est brune, a les cheveux longs, se conduit comme une gouine et ne jure que par Star Wars . Ce pourrait être la femme de ma vie. Dommage. Ce n'est qu'un rôle.
Penser à endosser moi aussi un rôle.. Ma vie me semble si petite.


24 février

J'aurai peut-être eu un fils, un jour, il y a longtemps. Il se serait appelé Louis ou Victor ou Hadrien. Peut-être que finalement ça aurait pu être une fille. Bérénice ou Cassandre. Je ne sais pas. Il est peut-être trop tard, maintenant. Quelle différence dans ma vie ? Un VIDE, tellement énorme que, certains soirs, je me demande pourquoi on vit.

Mars

 

8 mars
J'ai un anniversaire ce soir, mais je n'ai pas envie. Elle, elle me dit qu'il faudrait que je sorte la tête de temps à autre. Que dehors, parfois (souvent), il y a de la lumière et des gens plus beaux que ceux que j'imagine dans mes livres. Je revêts l'habit du bonheur pour quatre heures. Je trompe tout le monde, mais je ne me mens pas à moi-même.


11 mars
Jour de crise, pas de pleurs. Juste regarder par la fenêtre si demain il fera beau.


17 mars
Je crois bien que ma vie prend un nouveau tournant. Il y a cette traîtrise dont je voulais parler. Il y a ces mots qui se cognent dans ma tête et ma tête qui se cogne contre ce mur invisible. Je rêve d'une saison en enfer. Là où il fait bon, loin de cet immeuble, de cette fenêtre. Loin des images qui se bousculent sous mes yeux. J'ai vu une femme tomber dans des escaliers mécaniques. Elle pleurait et je jubilais à l'idée qu'elle était là où elle devait être et moi, devant, terriblement à ma place.

Avril


02 avril
J'ai perdu le fil de mes pensées à trop vouloir écouter les autres. J'ai cessé de parler le jour où l'on m'a dit que je ne serai jamais rien. Avais-je simplement envie d'être ? Je ne sais pas. L'hiver a disparu dans les rues de Paris et je pense au jour où il sera enfin possible de se montrer. Les bras nus, levés vers le ciel, pour envisager une seconde que je pourrais me perdre dans les nuages.
09 avril

Je prépare l'anniversaire de sa mort. Quinze ans maintenant, et les souvenirs se sont effacés. Je ne sais même plus le goût de sa peau ; je ne sais même plus la couleur de sa peau. Il y a pourtant ce dernier regard dont je me souviens. Celui de la souffrance. J'ai su, à cet instant, un 9 avril, que rien ne serait plus comme avant. Qu'il y aurait des morts entassés dans un coin de ma tête et que je n'envisagerai plus l'amour et le désir de la même manière.
14 avril

D. à trente ans aujourd'hui. Je me souviens de nos 18 ans. Il y avait de la fougue, de la passion, de la nouveauté dans cette histoire-là. Peut-être que tout ça reviendra un jour. Ces sentiments que tout ça pourrait durer l'éternité. Plus j'avance, et plus je me cogne à cette idée que les histoires d'amour finissent toujours un jour ou l'autre. On se prend des bleus à l'âme avec plus ou moins de recul. Aujourd'hui, pour ses trente ans, je me dis qu'il aurait fallu arrêter tout rapidement. Pour que les bleus soient à l'âme et pas sur nos corps.
22 avril
Elle est étendue sur le lit, je bouquine à côté. Son corps est parfait. Mon oeil la regarde. Et je sais, à ce moment-là, qu'elle est heureuse là où elle est. Moi pas. Je sais que son parfum me suivra partout où les lieux nous sépareront. Moi pas. Je sais qu'à ce moment précis, je ne l'aime pas. Demain ou bien le jour d'après, tout sera peut-être différent.

Mai


03 mai

je commence à douter. D’elle, de moi. Surtout de moi. Elle n’est pas celle que je crois et je suis trop ce que je ne voudrais pas être. Je me connecte sur une fenêtre qui ne m’appartient pas, dans un monde que je ne connais pas. Je suis aspirée. Je revis.


19 mai
Il ne faut jamais croire ce que l’on a pas encore vu. Il n’y a rien de signer. Il n’y a rien d’offert. Je commence à comprendre que je vais partir prendre l’air. Pour toujours ?


25 mai

Je vacille, je tangue, je surf sur une vague inconnue. Je parle, parle, parle. J’invente des mots crus pour pallier mon manque. J’invente des rencontres de l’autre côté d’un écran de 17 pouces.


31 mai

Il ne faudrait pas plonger. Pas maintenant. C’est trop con. Trop tard.

Août


6 août

Il ne s’est rien passé depuis deux mois. J’ai erré la nuit sur mon écran d’ordinateur à la recherche d’un improbable amour. Il n’y a rien de bon de ce côté-là. Comme si chaque rencontre ne pouvait se solder que par un échec. Je n’aime pas assez le monde tel qu’il est pour partager quoi que ce soit.


15 août

Je profite de ne pas travailler pour aller au bureau. Je n’ai rien d’autre à faire. Personne ne m’attend plus maintenant. J’ai cherché la rupture. Je la regarde partir et je me dis que peut-être une nouvelle vie commence.


21 août

Je prends les choses en main. Je m’éparpille. Je fais croire que chaque nouvelle fille est ce qu’il y a de mieux dans cette ville immense. Elles le croient. Suis-je pour autant un monstre ?


29 août

Et si j’arrêtais tout ?

Septembre


3 septembre

j’ai déménagé depuis peu. Je suis dans un appartement que je ne connais pas encore. Au milieu de branchements familiers. Je ne mange plus. Je ne dors plus. Je tombe peu à peu dans un gouffre qui m’aspire malgré moi.


12 septembre

Il y a de la haine partout tout autour de moi. Il y a ces gens que je ne connais pas qui veulent me faire tomber. Il y a ces quelques filles que j’ai croisées un soir – au détour d’une soirée – qui ne supportent pas que je sois moi. Il y a aussi les fantômes du passé qui ressurgissent quand –tard dans la nuit – tout se débranche et que l’on éteint la lumière.


19 septembre

Je suis tombée moi aussi. Comme quoi le monde tourne vraiment mal.


26 septembre

Vais-je m’en sortir ?


29 septembre

Il y a des vomissures partout autour de moi. Un grand ménage s’impose.

Novembre


2 novembre
J’écris pour rendre compte du trouble qui m’habite. J’écris pour rendre compte du malheur qui a envahi ma peau. Qui me bouffe petit à petit dans un grand élan de générosité.


15 novembre
Je ne suis plus que l’ombre de moi-même. Je ne suis plus qu’un ersatz d’être humain. Je plonge peu à peu dans un coma intellectuel. Je ne regarde plus que des films de culs sur le câble pour m’endormir.
J’ai acheté une bouteille d’alcool à 45 °. Je n’ai pas idée de ce que je vais en faire.


23 novembre
Attendre peut-être.

Décembre


14 décembre
J’ai des cadeaux à faire, mais je n’ai pas envie de rentrer dans les magasins. Tout me fait peur ce soir.


24 décembre

Finalement je me retrouve seule dans ce grand appartement vide. Il n’y aura personne pour partager Noël cette année avec moi. Je me suis achetée une bonne bouteille de vin et j’ai filé chez Picard histoire de pas crever un dimanche le ventre vide.
J’attends la semaine prochaine.


31 décembre

Cette putain d’année va enfin prendre fin. J’ai mis en boucle ma playlist pour dépressive chronique sur mon portable. Je suis seule et j’en suis heureuse. Je ne sais pas encore que dans quelques mois tout va changer.
Alors j’attends.