Lettre ouverte à toi – sauveur de l’humain sans humanité

Permets-moi de te tutoyer, nous sommes presque intimes toi et moi depuis quelques temps, depuis que tu es entré dans ma vie sans y avoir été invité. Je te lis, te regarde, t’écoute commenter ma vie, mes attentes, ma famille, mes désirs – mes plaisirs même ! Tu sais tout de moi, la réciproque n’étant pas vraie.

Tu t’excites depuis un certain temps sur deux sujets qui te sont chers : le mariage et l’adoption pour tous. Il est évidemment faux-cul de ma part d’appeler ça « pour tous », puisqu’il ne s’agit que des revendications d’un lobby extrêmement dangereux d’homosexuels. Tu es d’ailleurs bien le seul à penser qu’il existe un tel lobby dans notre société ! Tu penses certainement que nous sommes tous pareils, que nous votons tous à gauche, que nous sommes tous très riches, égoïstes, pervers – même si tu as des « amis d’amis » homosexuels qui bien évidemment n’ont absolument aucune envie de se marier et d’avoir des enfants. Oui il existe quand même des gens bien parmi nous !
J’écoute donc tout ce que tu as à dire sur ma vie privée, sur ma famille. Que tu te mêles de ce qui ne te regarde pas n’a pas l’air de te gêner outre mesure. D’ailleurs rien ne te gêne en ce moment, ni les quolibets dont tu m’affubles, ni les raccourcis que tu prends pour asséner des vérités qui ne sont propres qu’à toi. Ou à ta religion – car oui tu crois. Tu crois en Dieu (appelle-le comme tu veux, ce n’est pas mon affaire, c’est ta vie, ta vie privée que je respecte) et tu penses sincèrement que sa colère va s’abattre sur nous, notre pays, si cette loi passe. Je pensais bêtement que Dieu était amour, mais il est vrai que mes cours de catéchismes sont bien loin et que j’étais certainement trop jeune pour comprendre que Dieu était quelqu’un de foncièrement méchant qui ne voulait rien d’autre que la guerre et non la paix entre les hommes. AMEN !

Mais je m’égare…

Oui je t’écoute sur ma vie privée et pourtant tu ne connais rien de moi. Tu es entré dans ma vie par effraction parce que je demande juste d’être traitée comme un citoyen lambda. Je veux les mêmes droits que toi parce que j’ai la même vie que toi : je me lève le matin pour aller travailler, je paie mes impôts comme toi, je pars en vacances comme toi et tu sais quoi ? J’ai une famille comme toi ! Des parents qui ont eu des parents, des oncles, des tantes, des frères, des sœurs, des cousins, des neveux, des nièces… Je passe Noël en famille comme toi, j’ai des déjeuners familiaux comme toi… Et j’ai des enfants comme toi… La différence c’est que je suis une femme qui vit avec une autre et que mes enfants n’ont pas de papa mais deux mamans.

J’enseigne chaque jour à mes enfants des valeurs que je pensais universelles : l’amour de l’autre, la tolérance, le respect, la politesse…Et surtout la vérité. Je ne leur raconte pas d’histoires sur des femmes vierges qui font des petits garçons qui sauvent le monde mais je leur explique qu’il y a des enfants qui ont un papa et une maman ou bien une maman, un papa ou deux papas ou deux mamans. Je leur explique que tous les enfants ne sont pas blancs, que tous n’ont pas suffisamment à manger ou un lit pour dormir. Je te l’accorde c’est compliqué… Mais notre monde est ainsi fait.

Depuis quelque temps vois-tu, tu m’empêches de bien dormir la nuit. Parce que lire, entendre tes propos à longueur de temps me fait faire des cauchemars. Parce que j’ai peur pour mes enfants. Peur que leurs sourires fassent place aux larmes de trop avoir entendu tes propos haineux. Ce soir ils dorment paisiblement dans leur chambre, l’un à côté de l’autre. Demain matin ils se réveilleront et nous viendrons les chercher pour prendre le petit déjeuner ensemble. Ils auront ce sourire que tu ne peux – pour le moment – leur enlever parce qu’ils sont bien trop petits pour entendre ce qui se passe aujourd’hui dans notre pays. Ils auront ce sourire que tu ne peux pas comprendre, ce sourire de voir leurs deux mamans leur tendre les bras et les guider pour que leur vie soit la plus belle, la plus joyeuse, la plus épanouissante possible.
J’aime mes enfants plus que tout au monde, comme j’imagine, j’espère que tu aimes les tiens et j’ose encore croire, ce soir, que cet amour sera plus fort que ta haine.

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