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Autrefois cantonnés dans des rôles de faire-valoir, de folles tordues, de sérial-killer ou de dépressives chroniques (ça c’est pour les filles) puis dans des productions indépendantes, les homos occupent maintenant un espace de plus en plus vaste au cinéma.
Hollywood s’essaye même, depuis quelques années, à signer
des films à proprement parler commerciaux dans lesquels les
gays et les lesbiennes sont des personnages à part entière.
Il en est même qui portent le film de bout en bout
(In and Out, My bestfrien’s Wedding, etc).
Succès critiques et commerciaux, le nouvel horizon du cinéma gay
semble se dégager.


Il y a quelques années la France profonde découvrait au théâtre puis au cinéma La cage aux folles . Caricatures à outrance de la follitude, le film est pour certains un lourd poids à porter pour la communauté gay : on est pas tous des folles en robes et boas...
Pourtant, le succès rencontré dès la sortie du film (la performance de Michel Serraut y est pour beaucoup) témoigne d’un début d’ouverture d’esprit. Vingt ans plus tard, comme chez Dumas, les spectateurs du monde entier se delectent sur le baiser très viril de Tom Shelleck (Magnum et sa voiture rouge) et Kevin Kline (Le choix de Sophie, A fish called Wanda) dans In and Out. Les mentalités changent, les scénariis également.
On est bien loin du temps où l’on voyait Al Pacino infiltrer le milieu cuir dans Cruising à la recherche d’un serial-killer.
Aujourd’hui, s’étalent sur grand écran les amours mâles ou saphiques de personnages bien dans leur peau (Pourquoi pas moi, Bound, Priscilla Queen of the desert) ; les us et coutumes des contrées lointaines où, pourtant l’homosexualité y résonne de la même façon (Happy Together, Hush, Garçon d’honneur)
Mais il a fallu livrer une lutte acharnée pour en arriver là.
C'est un euphémisme de dire que les homos n'ont pas eu la vie facile au cinéma. Ils ont cependant toujours été là. D'une façon ou d'une autre.


Dans The Celluloid Closet, un excellent documentaire sur l’homosexualité dans l’histoire du cinéma, les réalisateurs (Robert Epstein et Jeffrey Freidman) montrent un extrait d'un film expérimental réalisé par Thomas Edison en 1895 dans lequel deux hommes dansent ensemble.
Plus tard, dans les années 20 et 30, le cinéma américain a souvent montré des personnages efféminés pour amuser la galerie. La sexualité de ces derniers n'était jamais clairement abordée et le public réagissait le plus souvent avec delectation en regardant des « êtres bizarres qui n’existent pas en vrai ».
Durant les trente années suivantes, tout se gâte.
Les créateurs américains ont en effet dû se soumettre aux règles très strictes du Code Hayes : un code de moralité cinématographique dont le but avoué était d'expurger le cinéma de tout élément incompatible avec la "bonne" morale (l'homosexualité en faisait bien entendue partie, figurant en haut de la liste). Les cinéastes et les scénaristes ont dû faire des prouesses pour tenter de contourner le règlement et offrir l'occasion aux spectateurs plus avisés de lire entre les lignes. Ou, plutôt, de voir entre les images.

Il faut ainsi entendre Gore Vidal, qui a participé à l'écriture du scénario de Ben-Hur (William Wyler, 1959), raconter (toujours dans The Celluloid Closet) avec délectation la façon dont ils ont élaboré une véritable scène de séduction entre Ben-Hur et Messala en cachant tout de cette intention à Charlton Heston, mais pas à Stephen Boyd. Les regards incendiaires que lance l'interprète de Messala au futur président de la National Rifle Association n'ont vraiment rien d'équivoque. Revoir Ben-Hur aujourd’hui sous cet angle est un pur moment de bonheur !
Les plus rusés pouvaient ainsi s'amuser un peu, mais, de façon générale, les allusions à l'homosexualité de certains personnages étaient carrément supprimées. Il aura donc fallu attendre les années 70, grande décennie de revendication pour la reconnaissance des droits des gays et des lesbiennes, pour enfin voir des homosexuels demeurer vivants jusqu'à la fin d'un film…
Dans les années soixante, lorsque certains homosexuels sont réapparus au cinéma, leur destin ne pouvait finir autrement que de façon tragique. Combien d'homos ont été assassinés à l'écran ? Combien, incapables de supporter cette "calamité", qui leur tombait du ciel, se sont suicidés ? Les visions qu'offraient à la même époque les cinéastes européens comme Visconti et Pasolini (Mort à Venise, Théoreme) n'étaient guère plus réjouissantes.
Comme le dit si bien Lily Tomlin dans The Celluloid Closet, "Hollywood, ce grand forgeur de mythes, a enseigné aux hétérosexuels ce qu'ils devaient penser des gays, et aux gays, ce qu'ils devaient penser d'eux-mêmes". Et ce n'était pas très joli.

Les copains de The Boys in the Band (William Friedkin, 1970) avaient beau s'insulter à qui mieux mieux, et masquer leur profonde détresse sous un humour désespéré, il n'en demeure pas moins qu'était enfin présentés là, sur l'écran, des gays qui ne s'excusaient pas d'être ce qu'ils étaient.
Depuis, de Cabaret à Wilde, de Philadelphia à The Object of My Affection, de Gazon maudit à Bound, en passant par Pourquoi pas moi et Beautifull Thing, les personnages homosexuels ne représentent plus cette grande menace qui plane sur l’ordre moral.
Toujours est-il que du côté d’Hollywood, la production n’est pas à la hauteur des films homos venus d’ailleurs (Ozon, Almodovar).
Hollywood produit un cinéma compréhensible pour un public de 11 ans. Son cinéma gay est donc, lui aussi, pour un public de moins de 12 ans ! A voir In and Out, My best friend’s wedding ou le pire du pire Un couple presque parfait : définitevement classés dans la catégorie films gentils pour petits américains moyens férus de clichés à tout va et des films comme High Art, The incredibly Adventure of two girls in love ou Johns plus revendicateurs et fouillés, il y a bien deux courants sur la côte californiene.
Même si la première catégorie peut laisser songeur, il n’en demeure pas moins que ces films témoignent d’une réelle volonté d’aller de l’avant dans l’exploration des minorités, se faisant parfois même écho d’une réalité gay complexe.



Tant au cinéma qu'à la télé, les personnages homosexuels ont peu à peu fait leur place. Bien sûr, des films comme The Rock ou L’arme fatale 4 seront toujours là pour exploiter les clichés les plus grossiers. N'empêche que la façon avec laquelle on dépeint aujourd’hui l'homosexualité au cinéma est généralement plus nuancée qu'auparavant.
N'en déplaise aux organisations conservatrices et religieuses américaines, qui ont récemment déclenché une nouvelle croisade contre l'homosexualité.
Et si la Grèce Antique avait inventé le cinéma, nul doute qu’on aurait eu de belles choses à se mettre au coin de l’œil !