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Parler de Fassbinder, c'est se heurter à une série de chiffres impressionnants : né en 1945, mort en 1982, il laisse derrière lui plus de 40 longs-métrages et 30 mises en scène de théâtre, le tout en seulement 17 ans.


Plonger dans ses films, c'est donc être confronté à un parcours morcelé et labyrinthique, un écheveau de thèmes, d'arrière-plans historiques, de lieux, une intrication des évènements privés et professionnels, des personnages et des acteurs.

 

Il faut avoir la patience de regarder l'ensemble du puzzle, ou du moins un nombre suffisamment important de films représentatifs avant de pouvoir en saisir la beauté, la force, et surtout la cohérence.

 

Fassbinder : «J'aimerai construire une maison avec mes films. Certains sont la cave, d'autres les murs, et d'autres encore sont les fenêtres. Mais j'espère qu'a la fin on aura une maison».

A 22ans, Fassbinder fait sa première rencontre artistique décisive avec la troupe de l'Action Theater dont il va prendre le contrôle. On y trouve notamment Hanna Schygulla.

Il va les employer tout au long de sa carrière.

 

Quelle que soit l'époque ou le contexte social, les femmes sont des figures centrales chez Fassbinder. Tout comme sa dénonciation de l'exploitation des classes populaires, l'exclusion des homosexuels et des transsexuels condamnés à souffrir en amour (Les larmes amères de Petra von Kant, Le droit du plus fort, L'année des treize lunes), le racisme et la xénophobie (Tous les autres s'appellent Ali).Le cinéma de Fassbinder est également un vaste portrait à la fois géographique et historique de l'Allemagne. Géographique, à travers Munich, Berlin et Francfort. Historique, à travers la question obsédante du fascisme allemand, sa genèse avant-guerre et qui trouve son apogée au cours de la seconde guerre mondiale, au travers de Lili Marleen.

Mais le fascisme d'après Fassbinder se retrouvera également à travers sa galerie de portraits de femmes dont le destin symbolise à lui seul les erreurs du pays.

 

Pour Fassbinder, ces années 50 constituent la naissance d'une nouvelle forme d'oppression sociale et d'élimination des faibles qui seront évoquées dans période 70. Une période sombre pour le cinéaste, peuplée d'êtres errants à la recherche d'un peu plus de bonheur, d'amour et de considération.

Fassbinder a parlé beaucoup de l'amour entre hommes dans son œuvre, mais une seule fois il s'est penché sur les liaisons féminines. Premier long-métrage à sortir en France, Les larmes amères de Petra Van Kant est un huis-clos entièrement féminin. Fassbinder y a supprimé tout personnage masculin. Ici il est question d'amour entre femmes, un amour contrarié entre Hanna Schygulla et Margit Carstenssen sous le regard de la bonne. Ce film aux allures théâtrales privilégie les plans fixes axés sur les personnages. Film désespéré, Les larmes amères de Petra Von Kant véhicule un désespoir effrayant et sans limite.
Le dernier film de Fassbinder et de loin son plus connu, Querelle est l'adaptation du roman de Jean Genet : Querelle de Brest. L'histoire de Querelle (Brad Davis), marin qui fait une halte à Brest.

Querelle y retrouvera son frère avec qui ses relations sont tour à tour franches, presque incestueuses pour devenir haineuse.

Beau et énigmatique, Querelle envoûte ceux qu'il côtoie. D'abord le capitaine de son bateau qui ne songe qu'à lui, la tenancière particulière (Jeanne Moreau) du bar du port, compagne de non et maîtresse du frère du marin. Filmé dans des décors cartons pâtes, aux couleurs flamboyantes, Querelle est tour à tour onirique, malsain, artificiel et cru.

Un hommage aux corps de l'homme et à la sexualité libre mais torturée.